Arrêtons les frais... illégaux

16658018 jpeg_preview_large.jpgDans combien d'universités, à force de plaintes déposées au Tribunal Administratif et de dénonciations dans la presse, avons-nous réussis à empêcher les frais supplémentaires, honteux et illégaux, sur des diplômes ? Beau combat mené dans la continuité, du pur "David contre Goliath", manichéen et symbolique comme nous les aimons. Mais la réalité du terrain, une fois notre bulldozer d'opposition passé, fut surtout que tous ces diplômes, ne pouvant plus être financés par les Universités, ont été diminués, voir supprimés !

 

En effet, nous avons eu beau jeu de dénoncer le désengagement de l'état et leur responsabilité dans l'instauration de ces frais hors la loi, mais nous savions pertinemment que, si notre combat était mené à son terme, le gouvernement ne lâcherait pas pour autant un centime supplémentaire aux Universités pour compenser. Refusant dans le même temps d'envisager une quelconque autre forme de financement, car c'est à l'état de payer et à personne d'autres, nous avons délibérément placé nos Universités dans un cul de sac. Ainsi, à la place des anciens diplômes nationaux, sont apparu les mêmes diplômes, mais sous forme de Diplôme Universitaire (D.U.), non cadrés par le ministère, et dont les frais d'inscription peuvent être fixés librement et ce en toute légalité. Inutile je pense de préciser que, au-delà de la perte du caractère nationale des diplômes que nous défendons pourtant, les frais pour les étudiants ont explosé. Ainsi, avec nos principes jusqu'au-boutiste et notre refus de réfléchir à des alternatives de financement crédibles, nous avons nous même fait sauter des diplômes nationaux et contraint les étudiants à encore plus de frais d'inscription, cette fois non contestables, et sans plus aucune chance de remboursement à posteriori comme cela existait avant sur simple demande écrite au président de l'université.

 

unef_capt_fraisU.jpgNous pourrons toujours dire qu'une bataille fait toujours des blessés, que quelque soient les conséquences, notre combat étant juste, ce n'est pas à nous de porter la responsabilité des dégâts; mais prenons un minimum de recul. Notre syndicat à des élus dans tous les conseils d'administration d'Université. Nous connaissons déjà parfaitement les problèmes de sous-financement chroniques et malgré nos votes CONTRE aux budgets des Université pour protester contre les lacunes de l'état, rien ne bouge. Nous savons pertinemment que les Universités sont victimes de cette situation et qu'elles n'y peuvent pas grand-chose. Bien que cela ne justifie en rien la mise en place de ces frais illégaux, cela devrait nous éclairer sur l'impertinence de nos méthodes. Nous opposons systématiquement les Universités aux étudiants, et demandons même, dans ce combat, l'appui du ministère qui porte pourtant véritablement la responsabilité de cette situation désastreuse. Ajoutons à cela que dans un monde de l'enseignement supérieur où les Universités, quasi gratuites, souffrent d'un véritable déficit d'image, nous en rajoutons une couche en les vilipendant sur la place publique, mais en omettant sciemment de parler des écoles préparatoires privées, des écoles d'ingénieurs ou des écoles de commerce qui, elles, ne se limitent pas à des petits dépassement de 9 ou 15 euros, mais n'ouvrent leur portes qu'à ceux qui en ont réellement les moyens financiers créant une rupture sociale durable au sein de notre société, contre toute logique d'égalité des chances.

 

C'est à se demander, avec le recul, si nous n'avons pas nous-mêmes, à notre niveau, participé à  la généralisation de la disparition des diplômes nationaux, tel que va l'appliquer désormais l'Université Paris Dauphine que nous condamnons. Et puis, il reste cette interrogation sur nos priorités: lorsque notre action légitime nous fait foncer clairement dans un mur en produisant des effets négatifs pour les Universités et pour les étudiants, devons-nous fermer les yeux et continuer aveuglément dans la même direction ? ... Hélas, comment ne pas succomber aux charmes de la facilité, surtout quand ils nous ouvrent grandes les portes de la presse nationale sur un combat où nul ne peut douter que nous sommes les gentils face aux méchantes Universités, donnant même au passage, et contre toute logique, une tribune de propagande bien-pensante à notre ministre de tutelle. Jouant au justicier, il est si simple de ne pas voir les dommages collatéraux jugés nécessaires par le BN, même quand ils frappent directement des étudiants et sont en parfaite contradiction avec notre propre vision de l'enseignement supérieur.

 

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Concernant la lutte contre les frais illégaux des Universités, je vous conseille la lecture de cet article du journal l'Alsace, daté du 21 juillet 2009 et qui explicite le processus de disparition des diplômes incriminés par l'UNEF durant sa lutte alors qu'ils étaient les plus demandés par les étudiants:
"Le conseil d’administration de l’UMB avait finalement voté la suppression de ces droits complémentaires. Pour autant, la question était posée de la suppression pure et simple de ces diplômes, paradoxalement considérés comme les plus garants de débouchés, ou de leur remplacement partiel par des diplômes d’université (DU), non reconnus au plan national mais sur lesquels ne pèse aucune limite en termes de droits d’entrée."

 

A noter également l'article de RU89 de juillet 2010 qui souligne le fait que, loin de s'attaquer au gouvernement, l'UNEF met la pression pour que le ministère porte plainte contre les Universités, se trompant ainsi évidemment de cible et donnant le beau rôle au véritable coupable.
"Au cabinet de Valérie Pécresse, on affirme avoir fait baisser le nombre de mauvais élèves de près de moitié en quatre ans. Alors que l'Unef presse la ministre d'inciter les recteurs à saisir les tribunaux administratifs en cas d'écarts, il n'y a pas eu de saisine depuis au moins deux ans."

 

Un article du Figaro de juillet 2010 décrit comment ces dénonciations devant les tribunaux administratifs ont poussé certaines universités à contourner "légalement" le système, pouvant ainsi demander en toute impunité des frais supplémentaires.
"Certains établissements conseillent à leurs étudiants de compléter leur inscription au sein du diplôme national - aux droits réglementés par l'Etat - en s'inscrivant en parallèle dans un «diplôme d'université» (DU), aux droits libres et donc aux frais d'inscriptions plus élevés. «Si l'inscription au DU est officiellement proposée comme facultative, la pratique qui consiste à mettre dans un DU des enseignements fondamentaux qui devraient être dans le diplôme national afin d'inciter les étudiants à s'y inscrire constitue une pratique à la marge de la légalité», note ainsi l'organisation."


De plus, rappelons le peu de sérieux qui caractérise depuis sa naissance ce classement, remplis d'erreurs grossières comme ce '0' ajouté maladroitement à une Université dans un des premiers classements, catapultant ainsi par mégarde l'Universités en tête du classement. Ainsi, l'article de RU89 explicite comment des propositions d'adhésion à des associations étudiantes sont comptabilisés comme frais universitaire ou le Figaro comment les frais d'un institut indépendant sont attribués à l'université qui l'héberge dans ses locaux.
« Nous avons été interloqués par le mensonge publié par l'Unef. Les frais d'envoi du diplôme, d'adhésion à l'association sportive et au BDE sont facultatifs et non-obligatoires. »
"Ce rapport met en cause les frais d'inscription pour le master Administration des entreprises délivré par l'IAE, que nous avons certes hébergé dans nos locaux, mais qui est un institut indépendant. Il fixe lui-même ses tarifs, explique-t-on à Paris I."


Et pour mémoire, la publication des classements des frais illégaux des Universités sur le site officiel de l'UNEF, où notre syndicat reconnaît la généralisation des contournements des règles mais rappel, et elle a bien raison, que la seul solution acceptable est le financement par l'état.

 

Enfin, comment ne pas faire un dernier petit clin d'oeil au témoignage de TiRocquet L. sur Zinfos974.com qui rappel mes propres écrits dans la note Un syndicat sans membre en soulignant la contradiction de notre syndicat qui se bat contre des frais illégaux extorqués aux étudiants quand, lui-même, dans certaines villes, a fait de l'adhésion à l'UNEF une nouvelle dépense présenté comme obligatoire à l'inscription pour avoir son année, dégoûtant ainsi du monde syndicale et militant un grand nombre de primo-entrant .
"L'adhésion pseudo obligatoire à l'Unef sur les chaines d'inscriptions c'est pas des frais illégaux !!! Vous me dégoutez, ce n'est qu'ensuite que j'ai appris que ce n'était pas obligatoire. J'entre à l'Université et je me fais couilloner, c'est bien au moins j'ai compris maintenant...on se retrouvera il parait que les élections étudiantes ont lieu rapidement !!!"